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VILLAGES ET VISAGES NON RECONNUS D’ISRAËL

mercredi 14 décembre 2011

En charge de l’animation du réseau des acteurs de la Semaine toute l’année, voici le moment où je me rends enfin sur le terrain vivre les événements avec leurs organisateurs et le public.

Étape 7 du parcours de Magali dans le 2e arrondissement de Paris.
16 novembre, la mairie du 2e arrondissement de Paris accueille dans la salle Jean Dame une projection-débat autour de la situation des Bédouins du Neguev en Israël.

Monsieur le Maire du 2e arrondissement, Jacques Boutault, fait l’introduction dans cette salle régulièrement consacrée à des problématiques de solidarité internationale.

Michel Ouaknine anime la soirée, qui est organisée en complément d’une exposition qu’il a réalisée sur le même sujet, actuellement affichée dans la Mairie du 2e, qui le sera ensuite à Fontenay-sous-Bois.

Jean-Guy Greilsamer de l’Union Juive Française pour la Paix et Michel Morzière, d’Amnesty International France, les deux associations organisatrices de la soirée. Amnesty international a publié un rapport sur la destruction des villages de Bédouins dans le Neguev.

Le film projeté, "Recognised", du réalisateur israélien Ori Kleiner, est un documentaire assez brut sur la situation vécue par les Bédouins du Neguev en Israël. Le Neguev est le désert du Sud du pays. Les Bédouins sont les nomades arabes qui vivent dans cette région depuis des siècles. Ce sont donc des Palestiniens "de l’intérieur", qui ont la citoyenneté israélienne. Une demi-citoyenneté en fait car ils souffrent, comme tous les Palestiniens du pays, de nombreuses discriminations et harcèlements leur rendant la vie chez eux de plus en plus difficile.


La soirée se concentre sur l’aspect spécifique des villages non reconnus. En effet, la moitié des 200 000 Bédouins du Neguev vivent dans une cinquantaine de villages que l’état israélien ne reconnaît pas : ils ne sont pas sur les cartes officielles, ni sur les panneaux, et ne bénéficient ni des infrastructures ni des services publics auxquels devraient pouvoir prétendre tout citoyen israélien : eau courante, électricité, services sociaux, écoles... Amnesty rappelle donc qu’il s’agit non seulement de violations de droits civiques, mais aussi de droits économiques et sociaux primordiaux qui en font un régime d’apartheid.


Un des villages présentés dans le film, par exemple, est désormais encerclé par une usine chimique, une station d’électricité, un complexe militaro-industriel et une "réserve naturelle" dans laquelle les Bédouins ont interdiction d’aller. D’ailleurs ils ne peuvent se déplacer à l’Ouest d’une "ligne rouge" à l’intérieur même du territoire israélien. Israël, en plus de cette ségrégation, détruit régulièrement manu militari ces villages et pousse ainsi ses habitants à fuire et se concentrer dans un territoire délimité. Une "réserve" en somme. C’est ainsi que le "Plan Prawer" gouvernemental organise un transfert "test" de 30000 personnes. Les intervenants parlent sans embages d’une politique d’apartheid et d’éupration ethnique. L’ironie du sort est que ce sont eux-mêmes qui sont condamnés à payer les frais de leurs expulsions et démolitions de leurs maisons.

L’invité palestinien de la soirée est Aziz Abu Amdiam, représentant du Forum pour la coexistence dans le Néguev. Il est accompagné de Yael Lerer, militante israélienne et fondatrice des éditions "Al Andalus".

Aziz nous parle à grand renfort de preuves par l’image, de son village Al Araqib, de 300 habitants, détruit 31 fois ! Des procédures juridiques sont en cours, mais les décisions éventuelles de na pas détruire les maisons ne sont pas suivies d’effet. Aziz vit maintenant sur le terrain du cimetière, avec sa femme et ses 5 enfants, résistant à la pression pour que le cimetière lui-même soit vendu, avec les tombes de ses ancêtres. De 2001 à 2003, l’état a utilisé des avions pour répandre des poisons sur les terres et intoxiquer les cultures bédouines . Quand une pétition a fait cesser cela, ce sont des tracteurs qui ont pris le relais.

On découvre au passage le rôle de chrétiens évangéliques états-uniens pour financer ces projets d’expulsion sous couvert d’opération de reboisement orchestrée par le Fonds National Juif (KKL). C’est sans compter les milliers d’oliviers arrachés pour l’occasion !


Je pose une question concernant ce que j’avais lu de camps de vacances de jeunes lycéens consistant à prêter mains fortes aux autorités pour le vidage et la destruction des maisons bédouines. Aziz pense que ce sont des jeunes extrêmistes, tandis que Yaël considère que ce sont des jeunes "normaux". Finalement, les deux s’accordent puisque la société israélienne "normale" d’aujourd’hui s’"extrêmise" de plus en plus, à l’image de son gouvernement.


C’est Rony Brauman qui clot la conférence avec une grande humilité. ll témoigne avoir vu lui-même les soldats tirer sur des réservoirs d’eau de villages devenus des campements. Il pose la question clairement : où Israël veut-il en venir ? En quoi consiste cette stratégie d’avoir toujours "plus de terres avec le moins d’arabes" à l’intérieur d’Israël même ? Il définit Israël comme une ethnocratie plus qu’une théocratie, car c’est bien le sionisme plus que la religion juive qui est la pierre angulaire du pays. Français né en Israël, il nous racontre comment il a été interdit d’aller à Gaza depuis 2004, le jour où Israël a décrété tout seul qu’il était israélien (et donc interdit de Gaza pour des "questions de sécurité").

D’autres images sur la "page acteur" du Comité Palestine 94, partenaire de l’événement.

Photos : Alexandre Bugny

Voir en ligne : Article originel

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