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Gaza : territoire occupé, territoire assiégé

mercredi 23 mai 2007

« Le monde entier regarde sans rien faire les Palestiniens s’entretuer à Gaza, ils sont bien contents même : On demande aux Palestiniens de payer le prix de la politique israélienne et américaine et aussi de la politique arabe. La seule vraie raison de cet affrontement c’est qu’ils ont mis Gaza sous une incroyable pression économique politique et militaire » Nassar Ibrahim co- directeur de l’AIC (Centre d’information alternative) Bethléem, interview du 17 mai 2007 sur le site de l’AIC.

Encore et encore il faut expliquer que Gaza est toujours occupée. Le retrait unilatéral de Gaza ne l’a pas libérée de l’occupant, bien au contraire, ce territoire cumule le statut de territoire occupé à celui de territoire assiégé. Entièrement sous contrôle aérien, maritime et terrestre, enfermé derrière une barrière électronique de sécurité, Gaza est bombardée tous les jours depuis le retrait. On parle aujourd’hui en Israël de construire un second mur pour créer une « zone tampon » autour de ce morceau de Palestine qui contient un million et demi de personnes. Le 17 mai Benyamin Netanyahou (chef du Likoud, la droite nationaliste israélienne) a proposé dans un discours d’y faire couper l’eau et l’électricité. Depuis les élections palestiniennes qui ont donné la majorité au Hamas, les gouvernements européens et américains ont ajouté à cette situation dramatique le déni de démocratie par les sanctions économiques sur l’occupé.

C’est dans ce contexte d’occupation et d’asphyxie qu’il faut examiner ce qui s’y passe ces derniers jours.

Ainsi soumis aux pressions politiques, économiques et militaires, à la fois israéliennes et internationales, les partis palestiniens tombent dans le piège qui leur est tendu et les factions armées du Fatah et du Hamas s’entretuent pour le pouvoir. Quel pouvoir ? Gérer l’occupation à la place de l’occupant, sans moyens, sans nourriture, sans eau, sans économie et sous les bombardements… C’est un simulacre et une mascarade qui servent très exactement les plans israéliens.

En refusant d’accorder le moindre intérêt aux différentes tentatives palestiniennes de recherche d’un accord Fatah-Hamas, avec le document des prisonniers, les accords de la Mecque dans lesquels – il faut le rappeler - le Hamas accepte l’idée d’un État palestinien sur les territoires de 1967, plus récemment l’appel de Marwan Barghouti, et même la proposition saoudienne de paix globale, les États-Unis et l’Europe servent encore la politique israélienne : disqualifier tout partenaire palestinien pour empêcher toute tentative de paix. Pousser au désespoir et à l’affrontement les différents groupes armés et précipiter la désagrégation totale de la société palestinienne. Ainsi les Israéliens n’ont pas besoin d’envahir Gaza à nouveau, les Palestiniens y font eux même le travail. Il suffit de garder les portes de la prison et d’y empêcher toute entrée de nourriture, de marchandise, d’argent et d’espoir. Cela fabrique des enragés qui s’entretuent. Cela sert-il la paix ? Les roquettes artisanales Qassam tirées sur la ville israélienne de Sderot en face de la Bande de Gaza, ne sont qu’une illustration de cet enfermement.

La « réussite » de cette politique a toutes les chances de mettre fin pour des années aux chances de paix, et donc de sécurité pour les deux peuples. La recherche de sécurité pour légitime qu’elle puisse être ne peut constituer le fondement d’un processus de paix, qui doit répondre aux aspirations de deux peuples. Il n’y a pas de paix unilatérale, sauf la paix des cimetières. Seule la fin de l’occupation et du siège et la reconnaissance et le respect de partenaires peuvent permettre de mener de vraies négociations en vue de construire la paix. Le désespoir immense des Palestiniens ne peut qu’engendrer une immense colère envers Israël et tous les gouvernements qui le soutiennent sans honte. Pourtant il n’est pas trop tard pour rétablir l’équilibre d’une politique européenne qui pose des limites à Israël et exige l’application des décisions internationales votées notamment par la France.

Le nouveau ministre français des Affaires étrangères, spécialiste des catastrophes humanitaires, n’a pas eu un mot sur Gaza, et sur les territoires palestiniens occupés ni avant ni depuis sa nomination : Dr. Kouchner, vous avez déclaré (Le Monde du 18 mai) "J’entends bien continuer à être du côté des opprimés". Alors nous vous interpellons solennellement : que comptez vous faire, au nom de la France et pour l’Europe ?


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