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La tragédie palestinienne : Quelles responsabilités ? Quelles perspectives ?

lundi 12 janvier 2009

Rony Brauman, l’un des membres fondateurs et ancien président (1982-1992) de Médecins sans frontières, est président de Liberté sans frontières, écrivain (l’Action humanitaire, les Media et l’Humanitaire) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris.

Un déluge de feu sur un mouchoir de poche

Depuis le 27 décembre la Bande de Gaza, un minuscule territoire palestinien coincé entre l’Egypte et Israël, subit un déluge de feu aérien auquel s’ajoute une orgie de destructions terrestres faites par les colonnes de chars entrées sur ce territoire depuis le 3 janvier. Dans Gaza un million et demi de Palestiniens vivent sur un territoire de 360 km², soit le quinzième d’un département français. L’entassement de la population est l’un des plus élevés du monde, comme si toute la population française vivait sur le territoire de trois de nos départements, avec une densité presque aussi élevée que celle de la population de la Seine-Saint-Denis. Dans ces conditions toute action militaire ne peut être qu’un carnage de populations civiles. Il n’est pas étonnant qu’il y ait à déplorer des centaines de morts, dont souvent des familles entières. Pas étonnant non plus que la soi-disant démocratie israélienne, aux buts de guerre si transparents, ait interdit à Gaza toute présence étrangère, à commencer par celle des journalistes et photographes. Sans doute est-ce la même logique qui a conduit Israël à expulser l’envoyé spécial chargé par l’ONU de rapporter sur les droits de l’homme.

Les objectifs qu’Israël présente comme militaires sont des objectifs largement civils : écoles, universités, stations d’épuration, centrales thermiques, bâtiments administratifs. Ce ne sont pas les dérisoires rampes de lancement des fusées palestiniennes qui semblent les premiers objectifs alors que toutes les infrastructures de base permettant une vie collective sont visées. Tout est fait pour empêcher l’existence à venir d’un véritable Etat palestinien. Israël ne reconnaît le droit à l’existence d’un tel Etat que comme un immense bidonville dépendant en tout du bon vouloir des maîtres. Et pendant qu’Israël organise ce chaos sanglant à Gaza, la Cisjordanie palestinienne continue à subir la colonisation, le Mur, les arrestations arbitraires, les violences quotidiennes des ultras, les check points, les humiliations quotidiennes.

Comment en est-on arrivé là ?

Les élections de 2005 avaient fait du Hamas la première force politique en Palestine. Quelles que soient les réserves qu’on puisse faire sur l’idéologie de ce mouvement et sur les perspectives d’avenir qu’il envisage pour l’établissement d’une paix durable au Proche-Orient, ces élections ont fait de lui un des porte-parole qualifiés du peuple palestinien. Et ceci quand bien même on aurait les plus expresses réserves sur les procédés du Hamas comme du Fatah pour s’adjuger le monopole du pouvoir sur les différents lambeaux de la Palestine soumis depuis 1967 à l’occupant israélien.

C’est dans ce contexte que, sous l’égide de l’Egypte, fut instituée une « trève » en juin 2008 par laquelle le Hamas et Israël donnaient leur accord à une solution pacifique provisoire : allègement du blocus de Gaza par Israël en échange de la cessation des tirs de roquettes vers les positions israéliennes. Le Hamas a respecté ces dispositions et il y eut un nombre infime de tirs de roquettes (probablement attribuables à des groupes incontrôlés). En revanche le blocus de Gaza est resté presque totalement hermétique. D’où le refus du Hamas de renouveler une trève qui se révélait un rideau de fumée pour continuer l’étranglement de Gaza. Pour contestable que soit l’utilisation de cette arme aveugle que sont les roquettes, atteignant en général des civils, cela ne justifie en rien le lancement de toutes les forces d’une des plus puissantes armées du monde contre des populations quasiment désarmées. Quatre morts civils israéliens d’un coté, cent fois plus du coté palestinien. Qui sont les premiers terroristes ?

Oui la négociation est possible à condition qu’Israël le veuille

Pratiquant un machiavélisme à courte vue qui consiste à diviser pour régner, Israël avait favorisé le développement du Hamas à ses débuts, comme les Etats-Unis l’avaient fait en Afghanistan avec les talibans. Aujourd’hui, le gouvernement israélien tente d’instrumentaliser le Fatah contre ce même Hamas, avec lequel aucune négociation ne serait envisageable. Pourtant, Ismael Hanyeh, principale figure du Hamas en Palestine, s’est prononcé pour une non-belligérance permanente à condition qu’Israël se retire sur les frontières de 1967, ce que l’ONU a vainement demandé à de nombreuses reprises. De plus en plus de voix, dont celle de l’ancien président américain Jimmy Carter, s’élèvent pour appeler à négocier avec le Hamas.

Une solution pacifique négociée est plus urgente que jamais, sur la base d’une reconnaissance sans faux-semblants des droits nationaux du peuple palestinien et de l’application du droit international. Il en va de la paix et de la sécurité pour les peuples de la région, d’abord pour les Palestiniens, mais aussi pour les Israéliens, au-delà de la myopie suicidaire de leurs dirigeants actuels ! Et n’oublions pas que l’intensification du conflit israélo-palestinien, et son extension régionale, pourraient avoir de graves répercussions jusqu’en France.

Mais pour commencer exigeons des gouvernements occidentaux, à commencer par le nôtre, qu’ils exercent sur Israël les pressions nécessaires pour un arrêt des combats terrestres, la fin des raids aériens, un retrait militaire total de la bande de Gaza en attendant la reprise de véritables négociations entre toutes les parties concernées.

- Rony Brauman


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