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L’Europe contre Israël : les raccourcis du grand rabbin de France

lundi 10 janvier 2011

L’article signé Gilles Bernheim, grand rabbin de France, intitulé « Israël et l’Europe : les raisons d’un malentendu » a été mis en ligne dans l’après midi du jeudi 30 décembre sur le site du Monde.fr, et a paru le lendemain dans les pages Débats de l’édition papier.

Peu de chances d’attirer l’attention des foules à la veille du réveillon et d’un week-end de Nouvel An. Il mérite pourtant qu’on s’y arrête.
La défense de l’identité (judéo)-israélienne dans laquelle se lance Gilles Bernheim s’accompagne en effet d’un procès en règle contre l’Europe et ses valeurs, qui semble s’inscrire dans le fameux virage à droite de la communauté juive et, au-delà de celle-ci, d’un procès des Lumières dont certains s’alarment, non sans raisons, depuis quelques années.

Résumons la pensée de Bernheim : l’Europe cultiverait désormais une détestation de l’Etat-nation, disqualifié à jamais par les horreurs du nazisme, et remplacé désormais par une religion de l’« Autre », perçu comme une victime indifférenciée, quel qu’il soit et quelle que soit sa cause, fût-elle criminelle.

Israël serait le seul à croire aux vertus de l’Etat-nation

Quiconque ne souscrirait pas à cette grille de lecture serait donc, pour les Européens, un ennemi de l’humanité -équivalent aux nazis ! - d’où le « malentendu » avec Israël, coupable de croire encore aux vertus de l’Etat-nation et de s’attacher à le construire contre vents et marées.

Et d’où, donc, la « nazification » d’Israël, qui serait ainsi victime de ce que Gilles Bernheim appelle une « idéologie de la substitution ». Le tout accompagné de quelques jugements péremptoires sur l’Europe, qui sont autant de tartes à la crème :

« Nos sociétés européennes font désormais primer les droits sur les devoirs […] Nous sommes tous devenus des Autres, dans une généralité indéfinie et anonyme où l’individualisme est la seule chose partagée et où tout se vaut parce que tout se vend […]

Par son absence d’identité claire, l’Europe s’avère incapable de répondre à ces questions posées par autre chose que du consumérisme […] »

Bref, tout fout le camp, et seul Israël tient le bon bout ! Moyennant quoi, et c’est la conclusion de Gilles Bernheim :

« Désormais, dans le cas particulier d’Israël, la pensée doit en premier lieu rejeter le prêt à injurier sorti des égouts de la haine -une haine que les juifs sont en droit d’attendre que l’Europe en proscrive à jamais les manifestations. »

Pas moins !

La petite musique lancée par Goldnadel et Finkielkraut fait du chemin

Ce discours n’est ni isolé, ni nouveau. Le thème de la détestation de l’Etat par les sociétés européennes a été lancé par Gilles-William Goldnadel dans son « Nouveau bréviaire de la haine », en 2001. Celui de la religion de l’Autre par Alain Finkielkraut dans « Au nom de l’Autre », en 2003. C’est devenu, depuis, une petite musique classique, un refrain repris par moult articles, colloques et émissions radiophoniques.

Dans le sillage de cette pensée est paru l’année dernière « Eloge de la guerre après la Shoah » de Michael Bar Zvi, un philosophe franco-israélien, pour qui la guerre, « dans certaines circonstances et sous certaines conditions » (mais principalement lorsqu’elle est menée par les Israéliens) « doit être considérée comme l’un des seuls moyens de préserver la dignité de l’homme ».

Oui, vous avez bien lu : « éloge de la guerre »… Un discours sans doute inaudible aux Européens, probablement intoxiqués par soixante ans de paix, et qui n’ont plus d’autre loisirs que de se vautrer dans ce que Gilles Bernheim appelle « les égouts de la haine ». Attention, tout de même : une « idéologie de la substitution » peut en cacher une autre.

Pas de preuves de cette prétendue détestation de l’Etat-nation

Il serait sans doute vain de demander au grand rabbin sur quel fait ou élément précis il se fonde pour affirmer que l’Etat-nation aurait été définitivement disqualifié dans la conscience collective européenne pour cause de nazisme.

Des historiens, des sociologues, ont-ils décelé la trace d’une quelconque idéologie de la détestation de l’Etat ? Pas que je sache…

Les Etats qui composent l’UE ont certes abandonné un certains nombre de leur prérogatives à leurs instances supranationales, mais moins par « idéologie » que pour suivre le mouvement planétaire qui avantage les grands blocs sur le plan économique et dans le jeu des relations internationales.

Mais l’affirmation totalement gratuite inventée par Finkielkraut, Goldnadel et consorts a été répétée jusqu’à plus soif, jusqu’à devenir pour certains une vérité acquise au débat, sans avoir été jamais étayée par rien de précis. C’est elle, en tout cas, qui fonde l’essentiel de l’argumentation de Gilles Bernheim.

Plus concrètement, et plus cruellement, certains commentaires postés par les internautes du Monde.fr à la suite de son article ont relevé que le grand rabbin avait totalement omis dans son article la moindre référence aux Palestiniens. Sans doute un hors-sujet.

Il est vrai que Gilles Bernheim aurait bien été en peine d’instruire à l’encontre de ces derniers le même procès qu’aux Européens. Les Palestiniens partagent, en effet, au moins une valeur commune avec Israël : celle d’aspirer coûte que coûte à posséder eux aussi leur Etat-nation. Mais là, je pinaille


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