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Le FSM en Palestine Pierre Beaudet

mercredi 27 octobre 2010

Cette semaine dans une douzaine de villes palestiniennes a lieu le Forum social sur l’éducation, un embranchement, si on peut dire du FSM. Plusieurs mouvements sociaux et organisations internationales impliquées sur l’éducation sont au rendez-vous, dont une importante délégation de la Fédération nationale des enseignants et enseignants du Québec (FNEEQ). Seront aussi présentEs des Québécois et des Québécoises de la CSN, d’Alternatives, des mouvements étudiants, de la Coalition pour la paix et la justice en Palestine et bien d’autres.

Rendez-vous international

Les rencontres où sont attendus environ 10 000 personnes seront l’occasion de faire le point sur la vaste gamme de thèmes qui confrontent les mouvements œuvrant dans une perspective altermondialiste et anti néolibérale. On peut espérer notamment une critique assez systématique de la marchandisation de l’éducation qui dévaste actuellement les collèges et universités au Québec, en France, en Italie, aux États-Unis. Une large part sera faite aux expériences d’éducation « alternatives » en Amérique latine (Brésil, Venezuela, Mexique) et en Asie (Inde, Bangladesh, Thaïlande). Les « acteurs principaux » que sont les syndicats enseignants, les mouvements étudiants, les ONG œuvrant en éducation populaire seront au premier plan.

Un Forum en Palestine

Ce Forum qui ne porte pas sur la Palestine a cependant lieu en Palestine, ce qui lui donne une importance particulière. Dans les années 1980, la grande révolte palestinienne (Intifada) avait expérimenté, avant bien d’autres, les formes de luttes qui ont été depuis adoptées par le mouvement altermondialiste : résistance civique et de masse non-violente, horizontalité des structures de participation populaire, émergences de nouveaux secteurs sociaux traditionnellement marginalisés (les femmes, les jeunes, les réfugiés). Depuis et malgré le maintien de l’occupation israélienne qui prend des formes de plus en plus brutales, les Palestiniens sont en mesure de se maintenir la tête au-dessus de l’eau essentiellement par la force de ce mouvement populaire qui agit à la fois comme système de défense, filet de sécurité sociale, incubateur de nouvelles méthodes de résistance.

Convergences

Selon des modalités diverses, ces mouvements travaillent avec les grands partis de gauche (le Front populaire, le Front démocratique, le Parti communiste, l’Initiative nationale) pour reconstruire de nouvelles perspectives. Dans le cadre de la préparation du Forum sur l’éducation, plusieurs centaines de mouvements se sont mis ensemble et vont réaliser cette semaine des activités à Gaza, Jérusalem, Hébron, Bethléem, Ramallah, Jenin, Naplouse, Haïfa et même à Beyrouth (Liban) où sont situés plusieurs centaines de milliers de réfugiés palestiniens.

Le défi

Certes, le défi est immense. L’occupation de la Palestine s’est renforcée depuis une dizaine d’années, même si l’État israélien, en dépit des offensives militaires brutales, n’a pas été en mesure de consolider sa domination. La construction du Mur (appelé en Palestine le mur de l’apartheid) enferme les territoires palestiniens en des enclaves détachées les uns des autres qui font penser aux bantoustans de l’Afrique du Sud. Plus de 10 000 Palestiniens et Palestiniennes sont détenues dans les geôles israéliennes sans procès ni accusation. Une grande partie de la population est dépendante de l’aide humanitaire puisque les infrastructures économiques ont été largement détruites. L’état israélien qui parle de « négociations » ne cesse de préparer de nouvelles agressions.

La Palestine est plus qu’un territoire occupé

Pour l’impérialisme états-unien, le maintien de la « prison israélienne » dans laquelle sont enfermés 5 millions de personnes est une opération stratégique, destinée à verrouiller l’ensemble de la région (le Moyen-Orient). La « guerre sans fin » amorcée par Bush et continuée par Obama est nécessaire pour éviter la rébellion dans toute la région, et plus encore, pour empêcher les compétiteurs éventuels (dont la Russie, la Chine et l’Inde) de prendre trop de place dans une région stratégique. Il est donc tout à fait évident que le Forum sur l’éducation apportera de nouveaux éclairages sur ces stratégies impérialistes et sur les moyens de les confronter.

L’importance du processus du FSM

Le FSM comme réseau de réseaux est en train de s’enraciner dans le monde arabe, en Palestine, au Liban, en Égypte, au Maroc et ailleurs. Il doit franchir une nouvelle étape en Afrique subsaharienne (le prochain Forum mondial a lieu à Dakar en février 2011). Il commence à s’adapter aux conditions fort différentes qui confrontent le mouvement social en Asie. Il garde ses fortes racines en Amérique du Sud, au Québec, en Europe latine et même aux États-Unis. C’est un processus laborieux, contradictoire, un peu imprévisible, que plusieurs trouvent trop lent ou incohérent. Mais sur le fond, le Forum reste irremplaçable. Le Forum facilite une culture de la convergence, ne se substitue pas aux mouvements, ouvre des espaces de discussion. C’est une entreprise de longue haleine, une grande bataille des idées, une « guerre de position », disait Gramsci en sont temps.


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