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Je suis juif, et je croyais les larmes perdues

dimanche 29 mars 2009

Je croyais les larmes perdues, les yeux secs dans les fureurs guerrières. Je croyais, je croyais les pupilles de la raison closent sous les éclats de haine. Je voyais la souffrance couler et se répandre devant des âmes impassibles et aveugles. Je regardais le peuple de mon origine s’abandonner aux rages jusqu’à élire ses fanatiques. Je voyais ces haineux représenter l’avenir sur les marches des palais et des pouvoirs. Les pouvoirs de l’État d’Israël.

Au plus profond du désespoir, il faut espérer.

Lorsque le ventre se noue devant les entrailles sanglantes, devant les membres déchiquetés et carbonisés. Lorsque le regard perdu d’un enfant offre son désespoir. Lorsque le ventre fait douleur et ne produit que de pauvres mots pour porter l’humain. Une porte doit s’ouvrir.

Au plus profond du désespoir, il faut espérer.

Une porte s’est ouverte, par la jeunesse. Cette jeunesse que des parents jettent au feu et pervertissent l’âme. Cette jeunesse offerte à la guerre à en souiller le coeur. De cette jeunesse s’est ouvert un œil perçant les fumées de la propagande belliqueuse. Une jeunesse qui a su dire contre les autorités militaires, politiques, religieuses, intello médiatiques.

Au plus profond du désespoir, il faut espérer.

Ce sont des jeunes, ces élèves en belliqueux qui ont ouvert les yeux. Ce sont des durs de Tsahall qui ont dit : assez ! Ce sont des soldats, presque des enfants puisque nos enfants, qui ont dit l’assassinat de femmes enceintes, qui ont dit la sauvagerie contre les ambulances, contre un peuple. Ils ont dit de leurs bouches d’hommes ce dont avaient témoigné nos députés F Wurts ou H Boumédienne, pour cela frappés de ségrégation par un CRIF officine de guerre.

Aujourd’hui avance l’espoir, avance le miroir.

La justice, seule, est libératrice. Par les yeux de ces jeunes soldats s’avoue le terrible réel pour que justice soit faite. Par ces témoignages se présente la condamnation de l’outrage. Condamnation pour que les victimes puissent envisager leur paix, pour que les coupables puissent s’arracher leur peau d’acier et de bombes. La Paix attend son œuvre de justice.

Aujourd’hui avance l’espoir, avance le miroir.

De guerres en guerres, de massacres en massacres, l’armure jetée sur la face des guerriers se déchire. Guidés dans la bataille, des jeunes voient leur conscience s’ouvrir à l’épouvante. D’aucuns font le choix « refuznic », d’autre de dévoiler pour penser. Mais quand ? Quand, enfin, les juifs de l’enseignement trouveront une nouvelle sagesse, une nouvelle clairvoyance, pour des pages modernes et pacifiques d’une Halakhah de notre temps ? Quand, enfin, s’écriront de nouvelles pages libérées de l’esprit de domination ?

Aujourd’hui, écrire l’ Halakhah de la Paix.

Nous tous, juifs de l’enseignement ou juifs de racine, nos frères du monde avec nous, nous avons besoin de répondre à nouveau avec Yossé : « un bon voisin ». Tel est « notre chemin droit », notre guide d’Homme ouvert au monde. La naissance de l’État moderne d’Israël nous a apporté une expérience. Ce voisin doit être respecté, en pleine dignité et égalité. Qu’enfin le juif de l’enseignement puisse entendre le juif de racine pour avancer d’un pas résolu vers ce voisinage bâti sur le Droit, sur les frontières désignées par l’ONU en 1967. Que la guerre ne soit pas l’éternel de nos enfants.

Serge Grossvak, le 26 mars 2009


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