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Never against ! La complicité européenne dans le génocide lente

vendredi 25 janvier 2008

Omar Barghouti, The Electronic Intifada, 21 janvier 2008

On peut à présent qualifier correctement les crimes israéliens comme un génocide, malgré sa lenteur, et l’Union Européenne contemple cela avec apathie.

L’Union européenne, principal partenaire commercial d’Israël dans le monde, regarde Israël resserrer son étreinte barbare autour de Gaza dans un siège qui punit collectivement 1,5 million de civils palestiniens, les envoie à l’anéantissement, et condamne à mort des centaines de malades en dialyse des reins et de patients cardiaques, des bébés prématurés et tous ceux qui dépendent de l’électricité pour leur seule survie.

En bloquant l’approvisionnement en fioul et en électricité de Gaza, Israël, puissance occupante, s’assure essentiellement que l’on ne pompera pas d’eau prétendument propre - prétendument, car l’eau de Gaza est peut-être la plus polluée de la région après des décennies de pillage et d’abus. Cette eau ne sera donc pas distribuée dans les maisons et les institutions ; les hôpitaux ne pourront pas fonctionner convenablement, ce qui entraînera de nombreux décès, surtout parmi les personnes les plus vulnérables.

Les usines qui continuent à fonctionner en dépit du siège seront à présent forcées de fermer, accroissant encore le taux de chômage déjà très élevé ; les eaux usées ne seront plus traitées, polluant encore le maigre approvisionnement en eau de Gaza, les établissements universitaires et scolaires ne pourront pas fonctionner. Tous les civils verront leur vie gravement perturbée si pas irrémédiablement gâchée. L’Europe quant à elle, regarde tout ça dans l’apathie.

L’universitaire de Princeton, Richard Falk considérait le siège par Israël comme un “prélude à un génocide” même avant ce dernier crime par lequel il a complètement coupé l’approvisionnement en énergie. On peut à présent qualifier correctement les crimes israéliens comme un génocide, malgré sa lenteur.

Selon l’Article II de la Convention des Nations unies de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, le terme génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe ; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle... ”.

De toute évidence, le siège hermétique de Gaza - conçu pour tuer, causer de graves atteintes à l’intégrité physique et mentale et qui soumet intentionnellement le groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle- a tout d’un acte de génocide, si pas encore de génocide total. Et l’UE reste étonnamment silencieuse.

Toutefois, pourquoi accuser en particulier l’Europe de collusion dans ce crime alors que la quasi-totalité de la communauté internationale ne lève pas le petit doigt et que l’obséquieux secrétaire général des Nations unies - qui a surpassé tous ses prédécesseurs en obéissance au gouvernement états-unien - s’est payé pathétiquement de mots ? En outre, qu’en est-il du gouvernement américain lui-même, sponsor le plus généreux d’Israël, directement impliqué dans le siège actuel, spécialement après que le Président George W. Bush, lors de sa dernière visite, ait donné, de façon à peine subtile, le feu vert au premier Ministre Ehud Olmert pour qu’il ravage Gaza ?

Pourquoi ne pas blâmer les silencieux frères arabes des Palestiniens, notamment l’Egypte - seul pays qui peut immédiatement rompre le siège en rouvrant le passage de Rafah et en approvisionnant par cette voie Gaza en fioul, en électricité et en fournitures d’urgence ? Et enfin, pourquoi ne pas blâmer l’Autorité Palestinienne basée à Ramallah dont le servile dirigeant dénué de perspicacité s’est ouvertement vanté, lors d’une conférence de presse, de son “ accord total ” avec Bush sur toutes les questions de fond ?

Après Israël, les Etats-Unis sont sans aucun doute les plus coupables dans le crime qui se commet. Sous l’influence d’une idéologie fondamentaliste, militariste, néoconservatrice qui domine les cercles du pouvoir et sous celle de l’omnipotent lobby sioniste exerçant un pouvoir sans précédent, les USA se placent dans une catégorie à part.

Il va sans dire que l’AP, l’ONU ainsi que les gouvernements arabes et internationaux qui n’ont rien changé à leurs habitudes envers Israël, devraient tous être tenus de rendre des compte pour acquiescer - directement ou indirectement - aux crimes contre l’humanité commis par Israël à Gaza. Il est également vrai que chacune des parties mentionnées ci-dessus a la responsabilité juridique et morale d’intervenir et d’appliquer toutes les pressions nécessaires pour arrêter les crimes avant que des milliers de personnes ne meurent.

Mais l’UE occupe une position unique dans tout ceci. Elle est non seulement silencieuse et apathique, mais dans la plupart des pays européens Israël et les institutions israéliennes sont actuellement accueillis et recherchés avec une chaleur sans précédent, avec générosité et déférence dans tous les domaines, que ce soit celui de l’économie, de la culture, des sports etc. Par exemple, Israël a été l’invité d’honneur à la grande foire du livre de Turin en Italie.

Le gouvernement israélien finance des films qui sont projetés dans tous les festivals du continent. Des produits israéliens, depuis les avocats et les oranges jusqu’aux systèmes de haute technologie, inondent les marchés européens comme jamais. Les établissements universitaires israéliens jouissent d’un accord d’association très lucratif avec les organes correspondants de l’Union européenne.

Des troupes de danse, des chœurs et des orchestres sont invités pour des tournées et des festivals européens comme si Israël était non seulement un pays normal, mais en fait un membre privilégié du prétendu monde “civilisé”. Les relations ternes entre l’Europe officielle et Israël se sont converties en une histoire d’amour, intense, ouverte et énigmatique.

Si l’Europe pense qu’elle peut ainsi se repentir de l’holocauste qu’elle a perpétré contre sa propre population juive, elle facilite en fait honteusement et consciemment de nouveaux actes de génocide contre le peuple palestinien cette fois. Mais les Palestiniens ne comptent pas pour beaucoup dans la mesure où nous sommes considérés, non seulement par Israël, mais aussi par ses bons vieux “blancs” promoteurs et alliés, comme des humains inférieurs ou seulement relativement humains. Le continent - qui a inventé le génocide moderne et a été responsable du massacre durant les deux derniers siècles de plus d’êtres humains, la plupart “relativement humains”, que tous les autres continents mis ensemble - camoufle des crimes qui rappellent par leur nature, bien que certainement pas par leur quantité, ses propres crimes odieux contre l’humanité.

Dans peut-être aucune autre affaire internationale l’Establishment européen n’a pu être accusé d’autant de détachement et d’indifférence à l’égard de son opinion publique. Des appels au boycott d’Israël comme Etat d’apartheid se répandent lentement, mais sûrement dans les organisations de la société civile européenne et les syndicats, créant un parallèle troublant avec le boycott du régime d’apartheid de l’Afrique du Sud ; néanmoins, les gouvernements européens ont du mal à se démarquer de la position ouvertement complice des USA vis-à-vis d’Israël.

Même les clichés “condamnation” et “expression de profonde inquiétude” se sont faits de plus en plus rares.

En outre, la violation incessante et impudente par Israël des dispositions européennes en matière de situation et de lois relatives aux droits humains sont ignorées chaque fois que quiconque se demande si Israël devrait continuer à bénéficier de son généreux accord d’association avec l’UE en dépit du fait qu’il occupe les terres palestiniennes militairement, les colonise et a un dossier horrible s’agissant de la violation des droits humains de ses victimes palestiniennes. Si ça n’est pas de la complicité, c’est quoi ?

Questions de moralité mises à part, plonger Gaza dans un océan d’obscurité, de pauvreté, de mort et de désespoir n’augure rien de bon pour l’Europe. En renforçant activement un environnement propice à la montée du fanatisme et à une violence désespérée près de ses frontières, l’Europe attire les dégâts sur son seuil. Au lieu de tenir compte - ou du moins de considérer sérieusement - les appels au boycott, au désinvestissement et aux sanctions contre l’Israël de l’apartheid, adoptés par pratiquement tout le spectre de la société civile palestinienne, l’Europe aura bientôt à faire face à une violence irrationnelle et indiscriminée, qu’elle ne pourra pas contenir, ainsi qu’au chaos qui s’ensuivra.

Il semble que les élites européennes soient actuellement déterminées à ne jamais s’opposer à Israël, quels que soient les crimes qu’il commet.

C’est comme si le slogan de plus en plus hypocrite des survivants juifs du génocide européen “plus jamais ça” était maintenant adopté par les élites européennes avec une différence de deux lettres : en ajoutant une s et un t à la fin (en anglais : never again devient never against ; ’plus jamais’ devient ’Contre ? ça jamais’).

* Omar Barghouti est un analyste politique palestinien indépendant et membre fondateur de la campagne palestinienne pour le boycott universitaire et culturel d’Israël ( www.PACBI.org <http://www.pacbi.org/> )


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