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9 milliards annuels c’est trop : adieu État « juif »

lundi 7 janvier 2008

Les colons de Cisjordanie représentent un coût insoutenable pour l’économie israélienne, et leur augmentation (rapportée par le dernier rapport de Peace now) rend de plus en plus impossible la naissance d’un Etat de Palestine.

Shir Hever est un économiste israélien de l’ Alternative Information Center, jeune mais aux idées claires. Il est en Italie pour un cycle de conférences organisé par Assopace (Axepaix), nous l’avons interviewé sur une étude récente sur les coûts de l’occupation.

Combien coûte à Israël l’occupation des Territoires palestiniens ?
L’occupation a commencé en 1967 (en 1947, ndt), elle a été pendant 20 ans une source de revenus grâce à l’exploitation : de la force de travail palestinien à bas prix, des consommateurs palestiniens des produits de l’Etat hébreu, des terres les plus fertiles et des sources de Gaza et de Cisjordanie par les colons. Mais la résistance palestinienne, depuis la première Intifada (1987), l’a transformée en une réalité qui impose au gouvernement de dépenser 9 milliards de dollars par an pour la maintenir sur pied. Chiffre destiné à croître parce que l’augmentation des colons (267.500 en Cisjordanie, selon le Bureau central de statistique) est égale à 5,8%. Une augmentation bien au-delà de celle qui est « naturelle » -en Israël, 1,8%-, due à l’envoi continu de colons en Cisjordanie. Dans les 8 prochaines années, l’Etat dépensera le double, pour eux. Dans 20 ans, le coût de l’occupation représenterait la principale dépense de l’Etat, ce serait l’étranglement de l’économie.

Quelles sont les principales « voies de dépense » de l’occupation ?
Les colons bénéficient d’exonérations fiscales, de subventions pour l’éducation, l’assistance sanitaire, l’achat de maisons, les transports. Tout cela représente environ 3 milliards de dollars annuels. Mais ce qui rend insupportable le coût de l’occupation ce sont les 6 milliards de dollars restants, pour la sécurité, l’aspect militaire de l’occupation. Pour garder ce niveau de dépenses, Israël est contraint à un processus de privatisation rapide (pour équilibrer le budget) et à une diminution chaque année des fonds publics destinés à l’éducation, la santé et l’assistance sociale.

D’où viennent les fonds pour entretenir l’occupation ?
Des impôts payés par les contribuables israéliens. Et des Etats-Unis qui, depuis 1973 (après la guerre de Yom Kippour) donnent à Israël environ 3 milliards de dollars par an. Mais cette seconde source s’amenuise parce que le dollar ne vaut plus autant que dans les années 70, parce qu’à parité de financement –mais avec l’augmentation de la productivité- la somme vaut moins ; et aussi parce que les aides ont été partiellement réduites, à 2,8 milliards de dollars. Si auparavant elles pouvaient entretenir l‘occupation, aujourd’hui, elles n’y suffisent plus.

Ne croyez-vous pas que l’argent dépensé ait réussi à détruire les palestiniens économiquement, politiquement et socialement ?
Il y a une grande ironie dans le projet sioniste d’occupation : c’est vrai qu’il a rendu les Palestiniens de plus en plus pauvres, qu’il les a divisés à un point tel qu’ils se battent entre eux, qu’il a créé des bantoustans entourés par le mur, mais Israël a aussi de cette façon, en quelque sorte, rendu impossible la solution des deux Etats et cela signifie que la seule solution est celle de la fin de l’Etat juif et la naissance d’un état démocratique où les Palestiniens et les juifs (Israéliens, ndt) puissent vivre avec des droits égaux.

L’économie israélienne est en plein boom –du moins au niveau macro-économique. Ne croyez-vous pas qu’elle puisse réalimenter l’occupation ?
Il n’y a aucun boom : la croissance est haute, le chômage est bas, l’inflation sous contrôle, le marché de l’actionnariat effervescent. Mais un coup d’oeil plus approfondi révèle que le PIB, depuis 1973, est au dessous de la moyenne des pays avec lesquels il est comparé. Que le PIB, avec lequel est mesurée la croissance, est soutenu par la guerre ; mais cela ne signifie pas une amélioration de l’économie qui, au contraire, est ravagée par un état de belligérance, des destructions et des souffrances permanentes. Le chômage diminue mais les chômeurs ont perdu leurs subventions. Les taux de pauvreté ont augmenté.

Soutenez-vous le boycott ?
Oui, et je crois que toute réalité devrait déterminer la meilleure façon de boycotter Israël pour les graves crimes qu’il est en train de commettre contre le droit international. La pression internationale représente un moyen non violent qui ne tue personne mais peut provoquer des changements rapides des politiques israéliennes. Israël est extrêmement vulnérable face aux campagnes de boycott. Parce qu’il a une des économies les plus globalisées du monde : il est le 8ème exportateur et le 10ème importateur de la planète. 70% des importations sont faits de matières premières. Ce qui signifie que n’importe quel problème dans le commerce extérieur israélien frapperait immédiatement les entreprises les plus puissantes et le gouvernement. A la différence de l’Afrique du Sud de l’apartheid, Israël n’a pas de ressources pour remplacer les matières premières importées. L’ex -régime de Pretoria pouvait mieux faire face au boycott parce qu’il avait une économie moins internationale.

Source : http://www.ilmanifesto.it/Quotidiaio-archivio/22-Novembre-2007/art10.html
Edition de jeudi 22 novembre 2007 de il manifesto
Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

Article original :
L’economista Hever : un’occupazione e una colonizzazione sempre più costose conducono verso lo stato unico : Troppi 9 miliardi l’anno, addio stato « ebraico »
Michelangelo Cocco


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