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Notes sur un voyage en Israël-Palestine

mardi 3 avril 2007

Marlène Tuininga qui est partie en Israel Palestine avec le meme groupe que Pierre Stambul en a écrit son récit.
Marlène Tuininga a rejoint il y a un an les Femmes en Noir de Paris a été longtemps journaliste à La Vie et a publié notement en 2003 " Femmes contre les guerres", Carnets d’une correspondante de Paix, aux éditions Culture de Paix Desclée de Brouwer.
Elle est la nouvelle Présidente française de la Ligue Internationale des Femmes pour la Paix et la Liberté (WILPF)

Violence, haine et rêves de paix
par Marlène Tuininga
Membre du comité national de la branche française du MIR

L’association Parler en paix, un organisme d’enseignement de l’hébreu et de l’arabe en simultané, a eu l’initiative d’un voyage(1) en Israël-Palestine. Marlène Tuininga raconte cette plongée dans une région marquée par 50 ans de conflit vouée à un avenir plus qu’incertain.

24 février 2007.
Sur l’autoroute qui mène de l’aéroport Ben-Gourion à Jérusalem, un épais brouillard, à travers duquel perce un soleil chimérique, nous accueille. « Poussière de sable du
Sahara, nous informe notre guide israélien, demain ce sera parti. » Un embranchement qui monte : voici, sur une colline, les maisons plutôt cossues du célèbre village « Neve Shalom-Wahat As-Salam » (« Oasis de paix » en hébreu et en arabe) créé il y a plus de trente ans par le dominicain français Bruno Hussar. Nous y passerons la nuit.

25 février.
Découverte de ce village qui, dès le départ, s’est assigné comme vocation de porter témoignage de la possibilité de la coexistence entre les deux cultures. Après des débuts très difficiles, le succès est éclatant. Aujourd’hui cinquante familles, soit 130 personnes, des deux communautés y cohabitent, en majorité des cadres travaillant à Jérusalem. Cinq cents familles figurent sur la liste d’attente. Les décisions concernant le village sont prises au sein d’une assemblée générale se réunissant toutes les six semaines. L’école primaire, parfaitement bilingue, plus l’anglais, « même si dans le village l’hébreu domine », accueille aujourd’hui 156 élèves, dont une proportion importante d’enfants des villages arabes des environs.
Ahmed Idjaz, jeune responsable de la communication du village, nous explique : « Ici, nous pouvons échapper à la peur et à la haine qui sont devenues le lot commun de notre société. Le soir, quand nous sortons, nous pouvons, ma femme et moi, confier nos enfants à nos voisins juifs. C’est essentiel pour moi. Mais dès qu’on sort, c’est fini : hier soir encore, à Jérusalem, voyant les soldats et les chars, j’ai eu la trouille de ma vie. Parfois on me dit : « Tu rêves, parce que tu vis dans un havre de paix coupé du monde réel. Votre communauté changera quoi à notre société ? » Alors je réponds : « Peut-être. Mais moi, en venant ici, j’ai choisi mon camp. J’ai toujours autant de colère, mais à la différence de certains autres Arabes, je refuse de me laisser dominer par la haine. Pourmoi, le problème de l’avenir n’est pas tant de savoir s’il faut avoir un ou deux États que de savoir si la solution retenue saura respecter la démocratie et la stricte égalité entre les deux communautés. »
Dans l’après-midi, à la demande des membres du groupe, dont beaucoup viennent pour la première fois dans le pays, visite du mémorial Yad Vashem (mémorial de la mémoire) qui, avec un talent pédagogique consommé, met en images et en sons la Shoah des juifs d’Europe et l’épopée de lacréation de l’État d’Israël. Chapeau bas.

« Un peuple ne lèvera pas l’épée contre un autre peuple »

26 février.
Une immersion dans le passé mouvementé de « la ville trois fois sainte » (aux yeux des trois religions monothéistes) de Jérusalem. Commencée par la visite émouvante du tunnel
souterrain, récemment ouvert, qui longe le mur occidental séparant la Vieille ville du mont du Temple. Pierres gigantesques lustrées, vestiges du premier Temple, du second, des Ottomans.
L’église du Saint-Sépulcre ensuite, dont les superpositions en marbre et en granite recouvrant, occultant le lieu de la passion et de la mise au tombeau de Jésus-Christ, étonnent la majorité de non-chrétiens de notre groupe. Presque autant que la division du bâtiment par confessions. Enfin, sous une pluie battante féroce, une promenade à travers l’histoire dans le musée de la Citadelle de David. L’humble petit berger devenu roi décida d’installer sa cité sur ce lieu stratégique exceptionnel, car placé au sommet d’une montagne et dans une boucle de rivière. Cananéens, Juifs,
Romains, Babyloniens, Grecs, de nouveau Juifs, Ottomans, Anglais : le film qui nous présente cette histoire riche et violente se termine sur une citation d’Esaïe : « Un peuple ne lèvera pas l’épée contre un autre peuple. Et ils n’apprendront plus la guerre », tout en concluant que cette prophétie « n’est toujours pas accomplie aujourd’hui ».
Longue promenade dans les différents quartiers de la Vieille Ville. Sauf dans le quartier juif, beaucoup de boutiques fermées : le tourisme « en Terre sainte » est en berne depuis pas mal d’années déjà. Nous croisons et prenons en photo quatre jeunes élèves de Yeshuda, hilares et dodus, en jupe et papillotes, tout fiers de nous montrer leurs valises « made in China » acquises à bon prix dans le quartier musulman.

27 février.
En route pour la mer Morte, située à moins 800 mètres par rapport à Jérusalem, à moins 400 mètres par rapport au niveau de la mer : l’endroit le plus bas de la terre. Une descente à travers le désert de Judée, une descente à travers la tragédie que vit, depuis près de cinquante ans, ce magnifique pays. L’autoroute qui relie Jérusalem à la mer Morte se parcourt, en temps normal, hors week-end, en une demi-heure, contre deux heures par la vieille route autrefois. C’est une route dite « de contournement », qui, comme toutes celles qui portent ce nom, permet de relier les grandes villes d’Israël à ce que les Israéliens appellent les quartiers, les villes ou les implantations juifs et que d’autres appellent les « colonies » car « implantées » sur le territoire accordé à la Palestine après la guerre de 1948. Ces routes, bardées de murs de protection et interdites aux Palestiniens (repérables, sinon sur leur faciès, par la plaque minéralogique de leur voiture verte, contre jaune pour les Israéliens) contournent et surplombent les villages palestiniens. Nous traversons d’abord la ville arabe d’Abou Dis -40.000 habitants -puis la plus grande colonie-implantation du pays, Maale Adoumim - 30.000 habitants - cité ultra-moderne qui coupe en deux laCisjordanie. À gauche, dans le lointain des collines, on aperçoit la ville palestinienne de Jéricho, inaccessible à partir de cette route Notre guide commente : « On voit tout de suite la différence entre une ville arabe et une ville juive. Dans les villes arabes, les maisons ont beaucoup d’étages, dont le dernier souvent n’est pas achevé. Autour des villes juives, il y a des murs et des barbelés. » Il a la délicatesse de ne pas ajouter qu’on voit tout de suite la différence de niveau de vie.
Flottaison en apesanteur et bain de boue dans la mer Morte : un « must » pour tous les touristes en Israël et une détente bienvenue.
Visite des vestiges récemment mis à jour d’une belle synagogue du IVe siècle. Dithyrambes de notre guide sur les cultures de dattes, de melons et de tomates exploitées par les nombreux kibboutzim, implantés, « en dépit de la terre trop saline » le long de cette « mer » qui n’en est pas une. Brève incursion dans les ruines du village de Qumran, bien mises en valeur à l’intention des curieux, et aperçu de la grotte où furent découverts les manuscrits de la mer Morte, source de tant de mystères encore... Retour à Jérusalem en passant par le mont des Oliviers, battu par un vent féroce, à décorner les boeufs.

« Quel message de paix ce serait ! »

28 février.
Nous avons troqué notre autocar « de luxe » avec guide et chauffeur israéliens -qui selon le règlement israélien n’ont pas, comme tout citoyen israélien, le droit de se rendre en territoire palestinien -contre un car nettement plus petit et moins confortable, pourvu d’une plaque jaune mais exploité par un guide et un chauffeur de Jérusalem-Est -donc arabes -autorisés en tant que tels à se rendre en territoire occupé. Habile, le chauffeur réussit à contourner la fameuse « clôture de sécurité -mur de séparation » qui sépare, depuis plus de cinq ans et en dépit des protestations internationales, Israël plus une partie de la Palestine annexée du reste de la Palestine, pour nous introduire dans Ramallah, la capitale administrative de l’Autorité palestinienne. Au Centre culturel français nous accueille à la suite du directeur un jeune ingénieur libano-palestinien, Rami, ami, entre autres, des « Rabbins pour la paix ». Il est plutôt pessimiste : « On a l’impression que l’ensemble de la société, des deux côtés du mur, est en train de se déshumaniser. Des deux côtés les gens sont malheureux. Il y a peu de temps encore, nous nous rencontrions régulièrement, entre étudiants de l’Université hébraïque et celle de Bir-Zeit dans un café près de Jéricho. Maintenant, il n’en est plus question. En vertu de la sécurité, tout a été militarisé. Et pourtant, si on arrivait à s’entendre, quel message de paix ce serait, pour le monde entier ! »

Après une courte halte au siège local de l’Association des femmes actives palestiniennes, nous quittons les encombrements de Ramallah pour partir à l’assaut des montagnes situées au nord-ouest.
Cette incursion dans le coeur de la Palestine nous permet de prendre la mesure de l’expression « territoire occupé ». De part et d’autre de la route se dressent, sur les sommets des collines, des colonies en pierres blanches, dites « légales » (car reconnues par le gouvernement israélien). Plus près de la route, des implantations récentes dites « illégales », dont une constituée carrément de caravanes, gardées par des soldats qui nous interpellent sur nos intentions. Notre guide s’explique : nous avons rendez-vous avec le prêtre catholique du village d’Aboud, situé en Al Maqati, une région de vieille tradition chrétienne, habité aujourd’hui par 2.100 personnes dont 900 sont chrétiennes. Après nous avoir offert un succulent déjeuner de spécialités locales, le P. Firas Aridah
nous énumère les souffrances de ses ouailles : « Deux colonies accueillant 6000 habitants ont été créées sur des terres situées en amont de notre aqueduc ancestral mais appartenant à des habitants d’Aboud, nous privant de l’eau nécessaire à nos
cultures. En l’an 2000, en représailles à un attentat commis contre un colon par quelqu’un qui n’était pas de notre village, l’armée a détruit quatre mille de nos oliviers. Et aujourd’hui, il y a le mur qui a saccagé encore d’autres champs... Voyez-vous, nous n’avons pas de problèmes avec le peuple israélien. L’histoire montre que, entre musulmans, juifs et chrétiens, nous pouvons vivre ensemble. Notre problème, c’est ce gouvernement. »

« Que la paix soit avec vous ! »

Retour, inéluctablement, dans le sens entrée en Israël , par le check-point de Qalandiya, situé entre Ramallah et Jérusalem, où le mur porte un panneau en anglais, en hébreu et en arabe « Que la paix soit avec vous » et des inscriptions « sauvages » appelant à sa destruction. Traversée des lacets d’autoroute enserrant Jérusalem, et nous nous retrouvons, au sud, devant un autre pan du mur entourant Bethléem. Nous y attendent une dizaine de couples d’habitants, en majorité chrétiens, qui nous amènent dîner et loger pour la nuit.

1er mars.
À deux, nous sommes accueillies par un jeune couple de catholiques, Essam et Noah, occupant, avec leurs trois enfants, un minuscule quatre-pièces situé en sous-sol. Exploitant un minibus qu’il paye à tempérament, Essam ne travaille que deux ou trois fois par semaine : les touristes ont déserté Bethléem depuis longtemps. Nous leur demandons : « Votre vie est-elle plus difficile qu’avant ? ». « Oui, nous répondent-ils, incontestablement. Certes, à Ramallah et à Bethléem, notre situation est privilégiée par rapport à l’horreur que vivent nos familles de l’intérieur de la Palestine, à Naplouse et à Jénine par exemple. Pour nous, l’occupation se traduit par une précarité économique ininterrompue : de moins en moins de travail, l’interdiction de nous rendre en Israël, ce qui nous donne l’impression de vivre dans une véritable prison : cela fait dix ans que nous n’avons pas pu nous rendre à Jérusalem, pourtant toute proche. On ne donne d’autorisation ni pour voir nos familles ni pour les fêtes. Enfin, la mort est toujours au coin de la rue. La dame qui, une fois tous les quinze jours, fait le ménage chez nous -moyennant dix dollars par jour -a perdu son fils de dix-sept ans il y a quelques mois. Avec un copain, il jetait des pierres sur un char. Ils ont été abattus à bout portant. Beaucoup de nos amis chrétiens sont partis à l’étranger. Nous, on ne veut pas quitter notre pays. »

Rendez-vous, sur la recommandation d’un ami pacifiste israélien et en petit comité, avec le maire de Bethléem, qui nous reçoit au premier étage de l’hôtel de ville, situé place de la Crèche, face à l’église de la Nativité avec vue sur la colonie d’Haroma, qui surplombe la vallée délimitant Bethléem. M. Victor Batarseh est chrétien. Il précise : « En vertu d’un décret présidentiel, le maire de Bethléem est obligatoirement chrétien et c’est logique : en 1948, les chrétiens formaient 92 % de la population. Aujourd’hui nous ne sommes plus que 35 %. » Nous l’interrogeons : quelle solution voit-il à la situation présente qui semble complètement dans l’impasse ? Il répond :« Certainement pas la création de deux États : quelle pourrait être la viabilité d’un État palestinien qui ne dispose même plus, aujourd’hui, des 22 % de son territoire qui lui avaient été attribués après la guerre de 1948 ? Je pense, comme le pense mon parti, le Front populaire de libération de laPalestine, que nous devrions négocier pour la création d’un seul État, égalitaire et démocratique. Et laïque, car pas plus qu’islam et démocratie, judaïsme et démocratie ne peuvent aller ensemble. Je dis : négocier. Car nous condamnons toute espèce de tueries, qu’elles soient perpétrées par des militaires ou par des civils. Et nous continuons à espérer que l’opinion internationale mettra en demeure le gouvernement israélien d’appliquer les résolutions adoptées en 1948. Sur un plan plus pratique, j’aimerais que vous encouragiez tous vos amis européens à venir ici, sur place, pour constater par eux-mêmes ce qui s’y passe. Je pense qu’ils comprendront. »

« Garder vivant en nous l’humain »

Après le passage du check-point de Gilo, transformé depuis peu en terminal ultramoderne, où les ordres métalliques tombent des haut-parleurs, nous retrouvons notre car, notre chauffeur et notre guide israéliens. Cap sur le nord du pays et, espérons-nous, enfin le soleil. Petit crochet à Césarée, ville-charnière entre Occident et Orient, construite par Hérode le Grand, puis, au cours des siècles, tantôt détruite, tantôt fortifiée par les Byzantins, les Arabes, les Croisés et les Ottomans. Vestiges impressionnants, aujourd’hui entretenus et présentés dans un film par la famille Rothschild. Puis, en haut du mont Carmel, dans la tour de l’Université d’Haïfa, on nous expose les recherches menées, au sein du Centre d’études judéo-arabes, en vue de l’extension de ’apprentissage de l’hébreu et de l’arabe en simultané dans l’enseignement primaire. Entreprise difficile : dans tout le pays, quatre écoles seulement -dont celle de Neve Shalom -sont bilingues. Dans les écoles arabes, tous les enfants apprennent l’hébreu. Dans la plupart des écoles juives, à la demande des parents, on a supprimé les cours d’arabe. « Pour nous, précise-t-on, le défi est de faire comprendre qu’apprendre la langue de l’autre ne signifie pas apprendre la langue de l’ennemi, mais se mettre en situation de mieux communiquer entre les deux cultures. »

2 mars.
Le lendemain, septième jour, nous repartons, à travers les vertes collines de la Galilée, vers Sakhnine, la ville réputée « la plus arabe » du pays. Un responsable de la branche locale d’une autre association interculturelle Givat Haviva -interventions dans 250 écoles du pays au niveau de la 6e et de la 5e -développe devant nous le point de vue des Arabes israéliens. Professeur d’arabe et formateur, Abu Raya Gazal, prend un ton très personnel : « Vous avez devant vous un homme qui est considéré comme un mauvais Arabe par un grand nombre de ses pairs. Et comme un assassin potentiel par un grand nombre de juifs. Pourquoi ? Parce qu’avec d’autres Arabes israéliens, j’ai fait le pari de vouloir vivre dans cette société et non pas en dehors. Or, nous sommes marginalisés. Savez-vous ce que c’est que d’être marginalisé, comme les juifs l’ont été en Europe ? Notre carte d’identité spéciale nous interdit, pour des raisons "de sécurité", pratiquement tous les emplois dans l’administration, y compris dans la gestion de l’énergie. Seuls nous sont accessibles les postes dans l’enseignement. Nous vivons dans la suspicion permanente. C’est comme une épouse à qui son mari demande chaque matin au réveil : "M’as-tu été fidèle cette nuit ?". Nous estimons que la majorité de la population, qui est juive, doit prendre en compte l’histoire de l’autre culture du pays, celle des Arabes, qui, après tout, représentent, avec 22 %, une partie importante de la population. Que dire à un enfant, à qui on apprend à l’école que 1948 représente l’indépendance de son pays, alors que pour les 800.000 Palestiniens qui ont dû prendre la fuite -dont certains de ses parents -ce fut la"Naqba", la catastrophe ? 60 % des Arabes israéliens vivent au-dessous du seuil de pauvreté. À deux minutes de voiture d’ici, les villages palestiniens relèvent du tiers-monde. Nous estimons que c’est dans l’intérêt de l’ensemble de la société israélienne que les minorités puissent vivre dans la dignité et l’égalité. On doit garder vivant en nous l’humain. »

Traversée de la belle région, ponctuée de tombeaux de rabbins célèbres, où naquit la Kabbale, et rencontres avec des Druzes et des Bédouins, qui, quoique de culture arabe, sont très présents dans l’armée -certains semblent avoir moins de problème d’intégration. Bref aperçu du lac de Tibériade avec son mont des Béatitudes et les montagnes du Golan, sur le fond desquelles se détachent les premiers kibboutzim légendaires ayant relevé le défi de Ben Gourion : « Travailler la terre d’une main, de l’autre défendre la nation. »

Brouillard, pluie battante et bourrasque

3 et 4 mars.
Après une visite au pas de course des magnifiques vestiges romains de la ville de Bet Shean, avec son amphithéâtre somptueux, suivie d’une promenade dans les pittoresques port et vieille ville d’Akko, rebaptisée Saint-Jean d’Acre par les Croisés, une surprise nous attend, pas loin de la frontière libanaise, dans le kibboutz des combattants et résistants du ghetto de Varsovie, Lahomé Ghetaot. Créé en 1949, soit trois ans avant l’ouverture du Yad Vashem à Jérusalem, cet immense mémorial raconte, entre autres, le ghetto de Varsovie et la déportation à Theresienstadt à travers le regard des enfants. La surprise nous vient du Centre pour l’humanisme et la démocratie, un des départements de recherche qui y est rattaché. Nous y accueillent Chirine, arabe, et Elise, juive. « Depuis 1995, nous disent-elles, nous avons mis en place, à l’intention des jeunes de 15 à 17 ans, des séminaires de trente heures destinés à ouvrir au dialogue entre les cultures et aux valeurs universelles d’humanisme et de démocratie. Notre méthode est, en partant des petits événements de la vie quotidienne, d’amener les jeunes à raconter leur histoire et d’accepter, ce qui est encore plus difficile, d’écouter l’histoire de l’autre. Au début de l’année, cela se passe en milieu homogène, chacun au sein de son école juive ou arabe, puis pendant les vacances de Pâques, on mélange les deux groupes. Aux Arabes nous disons : "Est-ce que vous vous rendez compte que les juifs ont peur de vous ?" Et aux juifs : "Demain on vous chasse de votre maison, que direz-vous ?" Et ça marche : nous sommes passés de cinq classes au début à vingt-cinq aujourd’hui et beaucoup d’anciens élèves continuent d’organiser des soirées thématiques entre eux. C’est un travail à long terme mais nous y croyons. Nous sommes, en Israël, le seul organisme de paix qui travaille à partir de l’expérience de la Shoah. »

5 mars.
À Tel-Aviv, la capitale, une militante de l’association pacifiste Ta’ayush (« Vivre ensemble », en arabe), il y peu encore très active par son soutien aux villages palestiniens saccagés par l’armée ou les colons, ne cherche pas à cacher son découragement. « Nous n’avons plus le moindre contact, tout est verrouillé. La violence, la peur de l’autre, la haine ou, peut-être pire encore, l’indifférence au sort de l’autre, ont pris le dessus dans l’ensemble de la société. Certes, il y a encore en Israël des gens qui se battent pour la paix. Mais nous sommes de moins en moins nombreux et nos actions ne débouchent d’aucune manière sur le plan politique. Pourtant, je pense que la solution ne peut venir que d’un changement de mentalités parmi nous-mêmes et pas de l’étranger. »

En attendant le car qui nous ramènera vers l’aéroport Ben-Gourion, j’écoute une radio internationale annoncer qu’à quelques kilomètres des villes que nous avons traversées et en même temps, l’armée israélienne s’est livrée, dans la ville de Jénine, à trois « assassinats ciblés » et que, dans le cadre de son opération « Hiver chaud », elle a occupé la ville de Naplouse pendant quatre jours. Sur la plage bordée de bars et d’hôtels de luxe, un soleil exubérant inonde les joggeurs et les premiers baigneurs. Et moi, dans ma chambre d’hôtel, je me demande si le vrai temps d’Israël n’est pas, plutôt que ce soleil tant vanté, le temps du début de notre voyage : brouillard, pluie battante et bourrasque.

Prémices d’un ouragan dévastateur.

(1) Le voyage fut organisé par Malika Tazaïrt-Elimam, voyagiste à Authentic Worlds & Magnificent Events, à la demande de l’association Parler en paix.


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